Blogue des artisans du changement

Patricia Couture-Gurkovska

mercredi, 21 mars 2012

Apprivoiser le cafard

Contrairement au bon Artisan du Changement qui remplit son devoir d’amour envers le vivant, je n’aime pas tout ce qui bouge. Particulièrement pas les insectes et autres bestioles grouillantes. L’arthropode qui court plus vite que moi et qui sécrète de la glue en mastiquant des peaux mortes sous une mandibule acérée, je ne le trouve pas attendrissant.

(cc) Claire Brownlow

Je fais des cauchemars depuis que j’ai vu les photos de la ville australienne Wagga Wagga, récemment ensevelie sous un manteau de soie blanche tissé par des millions d’araignées. Après des bouffées de chaleur nauséeuses, une paralysie contemplative proche de la fascination morbide et l’écriture automatique du prochain film d’Armageddon … j’ai cherché l’explication scientifique au phénomène. Elle est très simple : 1) le village connait des inondations 2) les araignées, au ras du sol, craignent la noyade 3) elles grimpent au sommet des buissons pour se tisser un abri au sec.

Malgré ma répugnance, je félicite chapeau bas ces araignées! Leur instinct de survie nous rappelle que l’humanité doit sa propre existence à de courageux insectes et arachnides qui grouillent au sous-sol de nos écosystèmes. Par la prédation et la pollinisation, ils garantissent un lendemain aux espèces qui vivent à leur traîne. Pour les en remercier, offrons-leur un tout inclus dans un hôtel nouveau genre, l’Insect Hotel (Maison des insectes pour la distribution française). Signée Neudorff, une société qui développe des produits de jardinage écologiques, ce refuge à insectes clé en main propose une gamme de «chambres» adaptées aux besoins de nidification ou d’hibernation. De quoi réjouir l’hexapode en voyage d’affaire et le lépidoptère volage!

Rappelons-nous aussi que Gisèle la Coquerelle et toute sa bande forment un garde-manger tristement sous-estimé. Avec une croissance démographique qui fait craindre une politique du 1 steak par famille, le temps est venu de cuisiner nos nutritifs amis. Nombre de gourmets le font déjà, dont le chef new yorkais Gene Rurka qui cuisine ses propres cafards nourris aux fruits et au maïs. Cuits à froid et plongés dans le whiskey, leur chair est sublimée d’un soupçon de miel de Tasmanie et de sauce soya. L’entomophagie, c’est une autre façon d’apprivoiser le cafard!

Aimons les bestioles parce qu’elles goûtent bon, et parce qu’elles nous offrent de croustillants anthropomorphismes… Comme nous, la mouche drosophile noie son échec amoureux dans l’alcool, en sirotant la fermentation de fruits mûrs. Comme nous, l’abeille domestique souffre de crises identitaires et voudrait changer de carrière. Comme nos braves réfugiés climatiques, l’araignée de Wagga Wagga érige des camps de fortune où elle survit sous des bâches en toile. Comme nous, la bestiole trouve que l’espèce qui vit à l’autre extrémité de la chaîne alimentaire a une gueule bien moche.

Patricia Couture-Gurkovska

dimanche, 19 février 2012

Citadin cherche arbre pour relation amicale

L’urbanisation suit une courbe épidémique croissante, telle une vidéo de chaton sur Youtube. Pas moins de 70% de la population mondiale vivra en ville en 2050, selon les prédictions de l’ONU. Chiffre que j’engraisse en occupant mes 60 mètres carrés de ciment. Fille de campagne déracinée, la Jane en moi réclame régulièrement son lopin de jungle pour s’y faire une cabane. Où trouver un coin de verdure, coincée entre boulevards et avenues? Il y a les parcs, ces terrains de jeu pour chômeurs dépressifs, pervers, jongleurs et joueurs de didgeridoo. Trop risqué. Apprentis Artisans du Changement, explorons d’autres solutions au blues du béton.

(cc) par hikingartist.com

Semer illégalement

Pour me ruraliser un peu, j’ai essayé la plante d’appartement, l’occupation de plate-bande parlementaire, le Musée du topinambour et le non moindre Farmville, propriété de la société Zynga qui s’en met plein la poche de patates via Facebook. Constat : les réseaux sociaux c’est le Diable et être occupationniste, c’est fatiguant. Si comme moi vous êtes un jardinier refoulé sans terre labourable, je vous suggère de devenir guerillero. Joignez les rangs de ce mouvement qui sème la tomate et le tournesol autour de lui, le Guerilla Gardening. Armé d’une pioche et d’un râteau, votre mission consistera à verdir les terre-pleins et bacs à fleurs abandonnés de votre ville. N’étant pas autorisé à piocher dans l’espace public, vous sévirez discrètement, voire la nuit.

Planter dans sa tête

Vous préférez l’art au jardinage? Plantez des forêts imaginaires. Imitez l’Urban Forest Project et transformez les lampadaires en bouleaux et platanes. Ayant conquis New York, Washington et San Francisco, le projet vise à sensibiliser les citoyens à l’environnement en jouant sur la métaphore de l’arbre et du poteau. Artistes et designers s’approprient les bannières de lampadaires avec des propositions visuelles qui réfèrent à la forêt. Le projet terminé, les bannières sont récupérées sous forme d’objets design. Si vous êtes plutôt du type cabane en forêt, songez à planter la forêt dans une cabane! Construisez votre propre simulateur de jungle, comme la firme DUS Architects avec son Unlimited Urban Woods. Vous investirez dans quelques planches pour la structure, des miroirs en guise de revêtement intérieur, ainsi qu’un arbre qui sera déposé au centre de la cabane. L’image de ce dernier sera réfléchie à l’infini sur les parois, créant l’illusion de forêt.

Avoir son loft dans les arbres

Mégalomane, le mobilier urbain est trop petit pour vos ambitions? Devenez architecte utopiste en vous inspirant du projet Sea Tree, de la firme d’architecture néerlandaise Waterstudio. L’idée est simple : construire, en bordure des villes côtières, des îles artificielles surplombées de jardins en étages. Inaccessibles aux humains mais visibles depuis la terre ferme, ces îles sauvages (artificielles!) permettraient à la faune et à la flore d’y roucouler tranquille. Dans la foulée, lancez-vous dans le commerce des longues-vues. Si toutefois vous êtes pressé de voir vert par la fenêtre de votre loft, réservez maintenant votre place dans la tour d’habitation Bosco Verticale à Milan. Vous aurez une mini-forêt sur votre balcon, et pourrez voir l’économie italienne subir les affres de la crise, abrité sous les feuilles.

Planter une ville

Conquérant, vous aspirez à fonder une ville parce que fonder un foyer, c’est ringard? Un conseil pour vos plans d’aménagement : assurez-vous de pouvoir filer au boulot d’arbre en arbre. Inspirez-vous des villes de Prague, Malmö ou Turku, récipiendaires du prix European City of the Trees, qui récompense les villes européennes intégrant une conscience arboricole à leur effort de développement. Gardez toujours en tête que trop de béton tue le béton, et que tôt ou tard vos concitoyens auront besoins d’arbres pour respirer. C’est la conclusion de la municipalité de Beijing, qui vient d’annoncer que des arbres seront plantés sur 133 km2 en périphérie de la ville au cours de 2012, dans un plan pour contrer la pollution atmosphérique. Détail amusant : 50 villages seront déplacés afin d’accueillir ces nouvelles forêts. Quand l’expression “faire de l’air“ prend tout son sens…

Par malchance géographique, mon mal du bois émerge parallèlement à la crise économique qui frigorifie l’Europe. En observant ces nombreux citadins grecs qui se réfugient à la campagne avant d’être sur la paille, je sympathise. Anciens salariés et nouveaux pauvres, la campagne leur offre une promesse de qualité de vie sinon meilleure, au moins supportable. Tendance, l’exode urbain? Chose certaine, l’arbre est devenu le meilleur ami de l’homme depuis que celui-ci paye trop cher un appart en ville…où les chiens sont interdits.

Patricia Couture-Gurkovska

vendredi, 14 octobre 2011

BESOIN D’UNE CINQUIEME SAISON

C’est finalement un entrefilet vantant le coffret DVD des Artisans du changement dans la rubrique cinéma de mon Marie-Claire…d’octobre qui m’a fait sortir de ma torpeur estivale. L’été n’en finissait plus de sévir dans les Balkans.  Même ici au cœur du petit village de montagne ou nous tentions de fuir, ma Bedaine et moi, la capitale dont s’emparait un quatrième mois de ciel implacablement bleu et de températures dépassant les 30 degrés. Depuis dix ans que je ne suis plus enseignante, je m’exile des villes des début aout, où tout n’est déjà que rentrée scolaire, et peux ainsi prolonger mon été de deux bons mois, dans une sorte de cinquième saison (allez, prenez le temps de l’écouter). Mais je pense toujours bien à vous, parents consommateurs malgré vous, pris dans la spirale infernale des cris réclamant le dernier modèle de cartable ou de sac-à-dos, la liste surréaliste des fournitures exigées et le concept bien réel de votre budget. Vous est-il resté un ou deux neurones valides cette année, dans ce qui est officiellement la deuxième période de shopping la plus intense après Noël, pour rechercher, en plus, des crayons et cahiers aux labels écolos ? Vous êtes-vous demandé, dans un dernier sursaut de lucidité au milieu du Wall Mart, si votre rentrée était durable ? Vous l’avez trouvée surement bien gentille cette dame qui disait sur Europe 1 que le produit le plus écolo est encore celui qu’on n’achète pas… On s’en reparlera à la première rentrée de Bedaine dans six ans…

En attendant, bien calée dans mes coussins, le soleil rougeoyant sur les montagnes Pirin caressant mes jambes surélevées, j’étais absorbée par les nouveautés beauté, les colorations de saison, la mode, horrible, de cet automne, idéale quand on ne pourrait de toute façon entrer dans aucun de ces modèles. Bref, j’évitais soigneusement tout sujet qui fache – faudrait faire de courses, qu’est-ce qu’on va manger, t’avais pas un blogue à bloguer ? – dont le toujours sirupeux reportage bien-pensant sur l’horrible sort des femmes afganes ou sud-africaines, inondé de pubs pleine page de porno-chic Chanel ou Gucci. (Quand-même, le sujet de celui d’octobre est tout- à -fait sustainable chic.)

Mais en voyant MES Artisans du Changement me relancer via un magazine français, je compris que les vacances étaient finies. Las ! Par où commencer et surtout, comment débuter sur une note guillerette et positive  alors que depuis ma dernière entrée en mai dernier il y a eu (et il y a toujours) Fukushima et la famine de la Corne d’Afrique ? Que se succèdent fuites et déversements de pétrole en tous genres, la dernière catastrophe touchant la Nouvelle-Zélande ? Que la fonte des glaces de l’Arctique atteint un niveau historique et que l’on parle d’un point critique pour les débris spatiaux, ceux qui nous tombent sur la tête n’étant pas les plus dangereux. Et oubliez la dette américaine, on apprend qu’encore cette année et ce depuis plus de trente ans, c’est l’ensemble des Terriens qui finissent leur année à découvert et qu’il faudrait en fait 1,2 a 1,5 Terre pour assumer  aujourd’hui les besoins de l’humanité.  Enfin sans surprise on annonce la localisation d’un nouveau Continent Plastique, ces véritables poubelles compactes formées par les courants s’étendant sur des milliers de kilomètres de large de long et de fond dans nos océans. Après la Great Pacific Garbage Patch, voici la  Great Atlantic Garbage Patch, aux dimensions équivalentes à celles du Texas…

C’est pourquoi je compte sur la série et sur ces extraordinaires Artisans pour faire rejaillir l’espoir et donner l’exemple à Bedaine, qui vient de frapper trois petits coups sur le plafond de sa « chambre » (pour la touche guillerette), et à qui il faudra bientôt expliquer tout cela… Bonne saison!

Patricia Couture-Gurkovska

samedi, 15 mai 2010

EYJAFJALLAJÖKULL: Slow Travel en islandais

volcan

Il m’est assez sympathique ce petit volcan au nom charabiesque qui, d’une simple flatulence, a chassé toutes les mouches qui lui volaient au-dessus de la tête. Et prout ! dans notre gueule, dépendants de l’hypermobilité, de la vitesse qu’elle implique, et de la consommation énergétique inhérente.  « Slow down.  You move too fast. » semblaient reprendre en chœur Simon and Garfunkel sur fond de cendrier céleste. Ici, pas une connaissance, un parent ou un ami qui n’ait été affecté de près ou de loin par la fermeture de l’espace aérien et qui, sautant dans la dernière voiture de location, l’ultime train, l’extrême bateau, n’ait été obligé de redécouvrir le vrai sens du mot voyage ; chemin que l’on fait pour aller d’un lieu à un autre qui est éloigné.  En même temps, des milliers d’autres Européens ont communié à cette expérience quasi-mystique d’un ciel pur absolument vierge de toute traînée blanche. (Contrails ou chemtrails en anglais, voir excellente explication sur ce site québécois)  En Europe en effet, il est presque impossible de regarder le ciel par temps clair sans qu’aucun avion n’entre dans son champ de vision.   (Je me souviens récemment d’un retour de Grèce en voiture où en levant la tête pour admirer les montagnes ma vue avait été polluée par les traces de pas moins de 12 vols.)  A fortiori pour les Britanniques qui possèdent l’aéroport ayant le plus fort trafic aérien au monde,  et qui ont mis en ligne, émus et transcendés (autant que peut l’être un Anglais), des dizaines de vidéos de ciel bleu.  Qui ont pris le temps de regarder le ciel.

travel

Le temps et ce qu’on en fait est d’ailleurs à la base de la philosophie du Slow Travel, née dans la mouvance du Slow Food et des Slow Cities.  Si l’idéologie a été rapidement amalgamée avec tout ce qui est éco-tourisme ou tourisme responsable, elle se voulait au départ plus hédoniste qu’écologique, même si ses principes induisent évidemment un impact environnemental faible : Emprunter les transports terrestres, dans lesquels ont voit défiler paysages, villes, villages et leurs personnages.  Louer chez l’habitant plutôt que dans les hôtels tout inclus, rester au moins une semaine au même endroit et en profiter à fond, en créant ses petites habitudes chez le marchand de fromages, au café de la place, au parc voisin.  Vivre le moment présent et l’environnement immédiat et s’affranchir de l’obligation de TOUT VOIR.  Bref, tout le contraire de la façon de voyager de la majorité des Nord-Américains, qu’on comprendra souvent, après avoir payé 4000 dollars et fait 24 heures d’avion aller-retour pour des vacances de 6 jours dans un endroit où ils ne reviendront jamais, de courir comme des dératés d’une attraction à l’autre, armés d’une check-list compilée de 5 guides touristiques, ou de faire 4 pays en une semaine en se privant presque de sommeil pour prendre le plus de photos possible. (« Les touristes ont horreur de regarder. L’appareil regarde pour eux. Quand ils ont fait clic-clac, ils sont apaisés, ils ont amorti leur voyage. Les piles de photos qu’ils conservent sont autant de diplômes certifiant qu’ils se sont déplacés. » Jean Dutour)

train

Pas étonnant donc que ce soit une canadienne de Vancouver, Pauline Kenny, qui se réclame de l’invention même du concept et de l’expression, créés en 2000 avec le site www.slowtrav.com .  Selon elle, son vocable à la base ne voulait pas dire voyager en train (elle n’a effectivement jamais rallié Vancouver à Paris sur rails ou sur mer), mais a été récupéré depuis par les environnementalistes de tous poils.  En fait, surtout depuis l’apparition en 2007 du (super) blog Low Carbon Travel, du londonien Ed Gillespie, devenu depuis le pape du green-slow-eco-lalalère-travel, dont la description est «Le tour du monde en 80 façons ; une circonvolution slow travel à faible émission carbone, sans sauts de lapin autour du globe à bord d’une saucisse en aluminium ! » (Voyez ici l’excellent dossier sur l’acceptation moderne du Slow Travel publié récemment dans le Wall Street Journal, et qui rend ce présent billet, que je me tue à préparer depuis des jours, d’une totale insignifiance.)

Dans le magazine Transfert de janvier 1999 Hugo Verlomme disait : « Le vrai voyage, c’est d’y aller. Une fois arrivé, le voyage est fini. Aujourd’hui les gens commencent par la fin. » Et même si le Slow Travel est loin d’être seulement le road trip d’étudiant en sac-à-dos-auto-stop, je crois que j’en ai pratiqué pleinement la philosophie entre 15 et 18 ans, quand avec ma chum Danielle on faisait le tour de la Gaspésie sur le pouce.  La destination était alors prétexte au voyage. On n’allait pas faire le party au Maximum Blues de Carleton, les quatre jours qu’on mettait pour y aller étaient un party. On n’allait pas prendre une bière à Percé, on en vendait des vides en route pour y arriver.  On n’allait pas se faire bronzer à Mont-Saint-Pierre, on bronzait en y allant, bien installées dans la boîte d’un rutilant vieux Land Cruiser bleu, conduit par un adorable couple de retraités du Nouveau-Brunswick qui nous avait dit de se servir dans le cooler regorgeant de crevettes, de sandwichs au jambon, de Black Label et de fudges glacés.

gaspé

On ne se souvient pas vraiment de ce qu’on a fait au mythique camping sauvage de Cap-aux-os, mais on se souvient encore du vieux hippie érudit qui nous y a conduit dans sa Tercel, avec lequel on a discuté littérature à bâtons rompus en écoutant, mille après mille, du Bobby Hachey, et qui s’était avéré être le curé du village.  On s’accordait totalement avec Michel Déon selon qui « Pour bien aimer un pays il faut le manger, le boire et l’entendre chanter. » Mes trois photos sur le bord de la 132 entre Matane et Gaspé avec mon amie Danielle sont plus belles que tous mes clichés (c’était aux temps de la check-list) devant la Mosquée Bleue, l’Alhambra, l’Acropole, les ruines d’Ephèse, Versailles, le palais de Ceausescu ou celui des Doges.  Parce que nous quand on revenait à notre point de départ, le voyage était inscrit dans nos pores.  La Gaspésie et ses paysages, son vent, son sel, son sable et son soleil étaient sur nos joues, dans nos cheveux, sous nos ongles d’orteils.

Il y a de nouveau aujourd’hui des avions qui, au-dessus du vieux volcan, glissent des ailes sur le tapis du vent.  Voyage, voyage. Ne t’arrête pas.

Patricia Couture-Gurkovska

mercredi, 21 avril 2010

DOCU(ALI)MENTAIRES

coline serraut

« Les films d’alertes et catastrophistes ont été tournés. Ils ont eu leur utilité, mais maintenant il faut montrer qu’il existe des solutions, faire entendre les réflexions des philosophes et économistes, qui, tout en expliquant pourquoi notre modèle de société s’est embourbé dans la crise écologique, financière et politique que nous connaissons, inventent et expérimentent des alternatives.  »
— Coline Serreau

J’imagine que le film de Coline Serreau, sorti en France il y a deux semaines,  arrivera  bientôt – ou peut-être l’est-il déjà –  au Canada. Je ne saurais trop vous conseiller d’aller le voir, pour son message somme toute positif et optimiste. Un documentaire choc sur l’agro-industrie et ses impacts environnementaux et sociaux dont le titre commence par « Solutions » ne peut que venir enfin mettre un baume sur nos esprits encore traumatisés par Le monde selon Monsanto, Food, Inc ou encore le moins connu We feed the world, qui nous sont restés, comment dire, sur l’estomac.

monsanto

Si vous n’avez pas vu ces derniers, qui sont quand même des films essentiels, procurez-vous les aussi, question de vous mettre en appétit. (Disponibles presqu’en intégralité sur Youtube).  Réalisé par une autre française, Marie-Monique Robin, le cultissime Le monde selon Monsanto (bande-annonce) enquête sur cet empire industriel (17 500 salariés, un chiffre d’affaires de 7,5 milliards de dollars en 2006 et une implantation dans quarante-six pays) qui est devenu l’un des premiers semenciers de la planète en même temps que le leader mondial des OGM,  mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle, qui croule les procès en raison de la toxicité de ses produits, tout en se présentant comme une entreprise des « sciences de la vie », récemment convertie aux vertus du développement durable.   De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, ou comme dirait Richard Desjardins, qui veut votre bien et qui va l’avoir.

food inc

Les films de Robert Kenner et d’Erwin Wagenhofer détaillent aussi, respectivement aux Etats-Unis et en Europe, les dérives de l’agro-industrie, dans un style à la Michael Moore qui impressionne pour longtemps. Dans l’excellent Food, Inc on part des rayons colorés et invitants d’un supermarché américain pour remonter toute la filière de l’agro-industrie,  découvrant ainsi les réalités souvent peu ragoûtantes qui se cachent derrière les emballages. Un documentaire militant et pédagogique qui se termine  par une série de recommandations pratiques au consommateur.  L’aussi bon We feed the world (bande-annonce et extraits), un documentaire autrichien , trace le portrait révoltant d’une agriculture transformée en industrie, dont le vrai slogan pourrait être : « Ça ne se mange pas, ça se vend… »   Voir aussi Notre pain quotidien (bande-annonce), toujours autrichien, plus « artistique » dans sa brutalité.  Après avoir vu ces films, croyez-moi, il est vrai qu’on ne regarde plus jamais son souper de la même façon.

feed the world

Plus près de nous et à notre échelle, en 2001 déjà, Hugo Latulippe avec Bacon, le film, avait dénoncé l’impact environnemental des méga-porcheries implantées par les industriels avec leurs alliés de la classe politique, qui avaient décidé de conquérir les marchés internationaux. « Obéissant aux seules lois de l’offre et de la demande, ces gens ont vite fait de transformer la campagne québécoise en un gigantesque parc industriel où une poignée de producteurs se disputent le monopole du désastre environnemental. »

bacon

Solutions locales pour un désordre global (une dizaine d’extraits), le documentaire de Coline Serreau, qui nous avait donné Trois hommes et un couffin et La crise, pourrait être à la fois l’anti-thèse et le complément de tous ces films.  Expliquant en quoi et pourquoi le modèle hérité de la Révolution verte n’est pas durablement soutenable (d’un point de vue économique, sanitaire et écologique), le film est un peu aride, souvent technique et teinté d’un discours féministe aux métaphores faciles qui peut être agaçant. Il a cependant le mérite de mettre en avant de véritables artisans du changement qui proposent des solutions alternatives et évite de nous culpabiliser encore, nous pauvres bâfreurs irresponsables…

Patricia Couture-Gurkovska

jeudi, 8 avril 2010

SENTINELLE DE L’AIR

film

Comme tout citoyen Canadien de ma génération issu de classe (très) moyenne et vivant en région (très) éloignée, je n’ai pris l’avion pour la première fois qu’assez tard dans mon existence, à l’aube de la vingtaine.  Ce moyen de transport était alors considéré comme un luxe, une expérience festive qu’on ne répéterait peut-être jamais, synonyme d’aventure ultime et de drinks gratuits.  There is no sensation to compare with this, on chantait dans notre tête une fois “gorlots”.  Presque 20 ans plus tard je vis sur un continent où on prend l’avion comme l’autobus, encore plus  ces dernières années alors que le secteur aérien connaît une forte croissance de 5% par an grâce au véritable boom des compagnies low-cost.  Une croissance qui  à ce rythme, selon le très sérieux rapport « Trends in Global Aviation Noise and Emissions from Commercial Aviation for 2000 to 2025 » (produit par le Département américain des Transports, Eurocontrol, le Manchester Metropolitan University et la compagnie de technologies QinetiQ) assurera d’ici 2025 une contribution de l’aviation au réchauffement climatique dépassant largement tous les pires scénarios envisagés précédemment par le International Panel on Climat Change.

Dix ans d’expatriation outre-mer et des destinations comme  Rome, Berlin, Istanbul ou Barcelone pour le prix d’un Orléans Express Québec-Montréal, m’ont fait acquérir une expertise de passager aérien digne du personnage de Georges Clooney dans l’excellent Up in the air.  Pourtant, il y a presque trois ans, sur un paisible vol de quatre heures, je me suis mise à gigoter. A m’attacher et me détacher.  A changer de position chaque minute. A aller aux toilettes tous les quarts d’heure.  A soupirer.  A regarder partout.  A m’enquérir de  l’heure à mon mari cinq fois de suite. C’est quand celui-ci, ulcéré, m’a enfin demandé quel était mon problème, que je lui ai répondu en m’étonnant moi-même : « Je pense que j’ai PEUR ! » S’est ensuivie une escalade phobique qui a fait pour moi du ciel un enfer : insomnies, vomissements et diarrhées commençant la semaine précédant le vol, crises de panique aigües, tachycardie, paralysie d’un ou plusieurs membres voire convulsions quand je réussissais à monter dans l’appareil, où j’infligeais alors aux autres passagers mon langage corporel de sentinelle de l’air sur l’acide.

logo

Les causes profondes de cette zone de turbulences psychique sont bien sûr à chercher ailleurs que dans ma culpabilité de pollueuse de l’air. Et c’était avant d’avoir vu l’effroyable vidéo de Plane Stupid, l’organisation londonienne qui milite pour l’interdiction des vols de moins de trois heures et contre l’expansion des aéroports. N’empêche qu’avec une moyenne d’un aller-retour par mois, je participe  à l’effarant 3.1 MILLIARD de tonnes de CO2 émis annuellement par les passagers de l’Union Européenne. Personnellement avec environ 94 g. de CO2 par  voyage selon le calculateur d’Air France. Je me suis élaboré depuis mon propre programme domestique de compensation d’émissions carbone, dont le point fort reste que je n’ai pas et n’ai jamais eu de voiture de ma vie.

L’industrie de l’aviation aussi, montre des efforts (insuffisants) en ce sens. « On travaille sur de nombreuses pistes pour limiter les émissions : réduction de la consommation de kérosène, avions plus gros qui transportent plus de passagers en une seule fois et moins lourds », souligne Jacques Rocca, chef du service communication d’Airbus, qui a choqué les écologistes récemment en apposant le logo de l’Année de la biodiversité sur son dernier gros porteur , le A-380 (une patente dans laquelle je ne monterais JAMAIS). Et puis il y a des compagnies comme la Scandinavian Airlines System qui va tester une nouvelle procédure d’approche, assistée par satellite. Finie la descente par paliers contrôlée par les pilotes, une méthode très gourmande en fuel.  L’approche par satellite consiste à mettre les réacteurs au point mort et à laisser l’avion planer en automatique, suivant une stratégie optimale fournie par satellite. Le pilote reprend les manettes ensuite, juste avant la phase d’atterrissage. (Ces informations à elles-seules font s’accélérer mon pouls et s’humidifier mes paumes.) Cette procédure permettrait d’économiser environ 100 kg de carburant, soit un peu plus de 300 kg-équivalent CO2.

airbus

Avec son million d’Air Miles, le Ryan Bingham de Up in the air est sans conteste à classer dans la catégorie des über-pollueurs. Pourtant, je donnerais n’importe-quoi pour retrouver  ce détachement, cette insouciance du globe-trotter aguerri pour qui le siège d’un gros porteur est aussi familier que son sofa et donc, tout aussi rassurant. Aujourd’hui, après deux ans sans avoir pu rentrer au Québec, trois billets d’avion payés mais restés chaque fois comme moi en petite boule dans mon salon, et un aller-retour à Paris pour mes valises seulement, mes jambes ayant refusé de me porter jusqu’à la porte d’embarquement, je vais beaucoup mieux. Les symptômes physiques disons « dérangeants » sont disparus, même si la PEUR elle, reste intacte. Cette peur qui est mienne, produite en virus de masse, mènerait à coup sûr toutes les compagnies aériennes du monde à la faillite. Maintenant, même si chaque vol se fait toujours sur les ailes de Guilt Trip Airlines, je fais passer ma petite pilule magique avec une bière, chante dans ma tête avec Iggy ou avec Robert et Louise (à écouter très fort !), pendant que Georges Clooney glisse sa langue dans mon oreille sa main dans la mienne.

Patricia Couture-Gurkovska

mercredi, 31 mars 2010

Quand la Terre flashe ses lumières


Alors ? Vous avez éteint vous aussi le 27 mars dernier ? Avez-vous fait partie des quelque dix millions de Canadiens, du près d’un milliard de personnes dans le monde à avoir passé une heure dans le noir ? Cette phénoménale pétition visuelle (voir ici la pub très cheesy pour 2010) contre le réchauffement climatique, d’abord événement local à Sydney en 2007, ne cesse de prendre mondialement de l’ampleur depuis. Initié par le WWF (pas celui avec Hulk Hogan, celui avec le panda) le mouvement a été suivi cette année par plus de 3400 villes de 125 pays. Quelque 371 monuments à travers le monde, parmi lesquels l’Acropole, l’Empire State Building, la tour Eiffel et le Big Ben se sont ainsi retrouvés dans l’obscurité.  A Hong Kong, réputé pour sa baie scintillante, 1.500 bâtiments devaient également couper le courant, a Montréal, Hydro-Québec a éteint le logo de son siège social, le Parlement à Ottawa ainsi que la tour du CN à Toronto ont également mis la switch à off.  Evidemment l’opération a ses nombreux détracteurs, qui estiment ridicule de se donner bonne conscience pendant une heure, et il se trouvera toujours un rabat-joie scientifique danois pour calculer que l’usage de bougies pendant soixante minutes produit davantage d’émissions de gaz carbonique que des lumières électriques. Il faut comprendre que l’objectif est moins de réaliser des économies d’énergie que de symboliser l’engagement de tous dans la lutte contre le dérèglement climatique. Certains voient d’ailleurs le succès de cette année comme une réaction au goût amer laissé par l’échec de Copenhague.

Observer les fenêtres du centre-ville s’éclairer à nouveau à 21h30 me replonge invariablement dans une époque déjà lointaine. En 1996, un humoriste par le truchement de la télé et de la radio persuadait tout le Québec de flasher ses lumières. Le goût amer était alors post-référendaire et on avait soif de distractions débilitantes.  J’habitais alors l’Outaouais québécois,  terreau propice et fertile en amateurs de Mercedes Band, et chaque dimanche, à l’heure dite de JMP, les quartiers résidentiels de Hull crépitaient comme des boules disco. La participation était d’une telle ampleur qu’Hydro-Québec avait même dû prendre des mesures afin d’éviter la surchauffe, le tout dans une atmosphère hilare car à l’époque, jouer avec l’électricité n’était pas un acte militant ni n’avait d’impact CO2. Peut-être même que c’est Jean-Marc Parent qui a inspiré les gens de Sydney et de la World Wildlife Fund. J’ai toujours trouvé qu’il avait une bonne bouille d’animal en voie de disparition.

mc_gagne

vendredi, 26 mars 2010

Préserver les traditions

Renforcer les liens entre les communautés

Les communautés autochtones ont longtemps vu leurs droits bafoués et leurs territoires exploités par des gens venus d’ailleurs. Établis aux quatre coins de la planète depuis des temps immémoriaux, les membres de ces communautés sont aujourd’hui encore très attachés aux traditions et au territoire de leurs ancêtres.

De façon générale, le lien qu’entretiennent les Autochtones avec la nature est très fort. Ainsi, il est souvent difficile pour eux de voir des entrepreneurs d’ailleurs piller leur territoire de ses ressources naturelles et le laisser dans un état de délabrement pour servir des intérêts mercantiles.

Après avoir pris connaissance de cette situation, faites-nous part d’un problème ou d’une solution semblables qui vous préoccupent.

Avez-vous des questions en lien avec le sujet à transmettre directement à notre Artisan ?

Patricia Couture-Gurkovska

lundi, 22 mars 2010

PASSEZ AU SALON

Si vous avez la chance de vous trouver à Paris cette fin-de-semaine, rendez-vous au (gigantissime) Parc des expositions pour visiter le Salon de la consommation durable annoncé comme la plus belle vitrine des produits verts, bio, éthiques et équitables. Le salon lui-même est éco-conçu : les 2 premières éditions du salon ont permis de déployer des initiatives innovantes contribuant à réduire l’impact environnemental de l’évènement : format de location pour les revêtements de sol, utilisation de moquette recyclable pour les stands et allées, pose partielle de revêtement sur le sol (larges surfaces non recouvertes), utilisation de cloisons et mobilier en carton pour les stands équipés, totalité du guide exposant géré en ligne (pas d’impression papier), impression des documents marketing avec des encres sans solvant minéral sur du papier provenant de forêts gérées durablement. De plus, pour la première fois dans le monde des salons, Planète Durable® réalise le bilan carbone© global de la manifestation et initie une action de compensation des émissions résiduelles du salon.

Le seul bémol qu’on pourrait mettre c’est que, bien qu’il ne s’en cache pas, le salon est axé sur la consommation, crée de toutes pièces de nouveaux besoins verts, bref louange le système même qui nous a menés là où nous en sommes. Le monstre n’étant jamais rassasié, la dégradation de la planète est accueillie par plusieurs comme une nouvelle économie, comme les gens de Planète Durable® qui croient que « celle-ci constitue un véritable progrès : celui de consommer non pas moins, mais mieux et ce, avec autant, voire plus de plaisir ! »

Patricia Couture-Gurkovska

lundi, 8 mars 2010

Pour une Année internationale de la tourte

tourte

Ainsi  donc nous avons entamé depuis trois mois l’Année internationale de la biodiversité. Ouch. Pas vraiment une bonne nouvelle. « Depuis 1959, l’ONU désigne des années internationales pour attirer l’attention sur de grandes questions et encourager la collectivité mondiale à se pencher sur des dossiers revêtant de l’importance et ayant des conséquences pour toute l’humanité ». Le fait est que normalement, quand l’ONU nous décrète une année internationale, c’est qu’on vaut pas cher la livre, qu’on fait pitié, qu’on n’est pas mort mais pas fort, que notre cause est quasi désespérée, que ça va mal à shoppe , bref, qu’on est un peu dans la mouise. Souvenez-vous, en 1975,  c’était l’Année de la femme, en 1981, l’Année des personnes handicapées, en 1993 celle des populations autochtones, en 2003 celle de l’eau douce et en 2008 celle de la, euh …pomme de terre, qui invitait probablement tous les Hommes de bonne volonté à ne pas lâcher… la patate… (NDLR : il est 3h00 du mat, et je trouve ça hi-la-rant.)

Mais je m’égare. Si L’Organisation des Nations unies a choisi 2010 pour attirer l’attention sur l’érosion de la diversité biologique, qui mine petit à petit la planète, c’est qu’au rythme actuel, 34 000 espèces de plantes et 5200 espèces animales risquent l’extinction. Il est de ces sujets dont on subodore les abîmes et qu’on préfère ne pas approfondir parce qu’ils nous foutent une déprime monstre. La disparition des espèces est l’un de ceux-là pour moi. On a tous dans notre tête les beaux yeux au beurre noir des derniers pandas en captivité, les têtes blanches écrabouillées des bébés phoques (hon, désolée, ceux-là ne sont pas encore en voie d’extinction. Ca compte pas.) et l’ours polaire amaigri dérivant seul sur son petit bout de banquise. Ce sont les plus médiatisés (et banalisés) et ils font déjà assez mal pour nous passer l’envie de gratter le bobo.  J’avais pas envie de savoir que la tourte, qui avant d’être une tarte était un oiseau, l’oiseau le plus abondant en Amérique du Nord au XIXe siècle,  est complètement disparue de la surface de la Terre, tout comme le grand pingouin ou le canard du Labrador. (Beau document de vulgarisation préparé en 2001 par Découverte)  « Processus prédateurs-proies tout-à-fait naturels » tempéreront certains lettrés, « pas si pire que sa, complot écologist pour faire peur aux mondes» renchériront leurs blogosphéreux cousins consanguins. Et Ban Ki-Moon d’implorer les quelques 100 ministres de l’Ecologie et autres dignitaires réunis à Bali le mois dernier  pour discuter biodiversité, de prendre garde aux climato-sceptiques et à leurs tentatives de dernière minute de saper les négociations.

La tourte n’est plus et on se sent bien tarte. On se raccroche à de salutaires initiatives, comme ces Héros de la biodiversité, qui à l’instar de nos Artisans du changement, continuent d’y croire et d’agir à leur échelle.

S'abonner

Flux RSS des articles Flux RSS des commentaires

Archives

Catégories

Traduction

Études de cas